Compte-rendu de la partie du 15 mai 2018 dans la campagne de la Mélancolie de l’Empereur Écarlate.

Mon personnage : Frère Denys le Très-Ample, clerc humain. Mes compagnons : Foudre (ensorceleur triton), Yin (rôdeur halfelin), Aelis (roublard elfe), Donatien (guerrier humain), Loucian (magicien elfe).

Le 3 janvier 1228

Mes étranges compagnons et moi franchissons la Passe de Kazbek au petit matin. Le temps est au beau, me dit-on. Dans ce pays, ça veut dire que la neigne a cessé de tomber, remplacée par une brume glaciale. On n’y voit pas à vingt pas devant soi.

Nous progressons depuis un bon moment dans cette vallée déserte quand un grondement nous parvient : avalanche ? Non, c’est du bruit d’un chariot qu’il s’agit. Il transporte deux de nos confrères explorateurs ; les seuls survivants de l’expédition que nous devions rejoindre ? En tout cas, leur état ne laisse guère de doutes : ils se sont battus, et ils n’ont pas eu le dessus.

L’un d’entre eux a l’air presque familier : un humain, normal ou presque. Je n’en avais plus vu depuis cet incident lors de la traversée des steppes de Ramantizar. Hélas, ce malheureux semble délirer, ses paroles sont sans queue ni tête. Ou peut-être est-ce juste sa langue ? En tout cas je n’y comprends goutte.

Je soigne leurs blessures comme je peux. La bénédiction de Yemeles n’y est pas de trop. Après un rapide conciliabule, nous décidons de nous rendre dans cette vielle tour dont on nous a rapporté la présence plus haut dans la vallée. Le temps presse : nous entendons ce qui ressemble fort à des cors dans le lointain, ça ne m’étonnerait pas que nos nouveaux compagnons soient poursuivis.

Nous nous retranchons donc dans la tour en question. Une expédition précédente y a déposé des réserves et des matériaux et nous ne manquons de rien, si ce n’est d’un bon lit et d’une ou deux barriques de bon vin de Posteria. J’ai bien le tonnelet de bière que j’avais prévu pour les urgences, mais cet espèce de lézard lumineux lui règle son compte en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Je parie que Yemeles va avoir de quoi s’occuper avec lui.

Le 4 janvier 1228

Il neige à nouveau et j’ai mal dormi. Pas trop à cause de notre campement sommaire, j’ai connu pire, ni à cause du froid, notre petit feu suffit à me réchauffer, mais à cause des bruits incessants sous le sol de la grande salle : craquement, griffements… Aucun doute, il y a quelque chose là-dessous, et je ne serais pas surpris que ce quelque chose nous soit hostile.

Nous décidons d’en avoir le coeur net. Cette tour nous ferait un camp de base très acceptable, une fois rafistolée, mais il n’est pas très raisonnable de s’y réfugier sans savoir ce qui se terre en dessous. Nous entreprenons de déblayer le tas de gravats qui, sans nul doute, cache l’accès aux niveaux inférieurs.

Quelques temps plus tard, voila le tas de gravats loin en-dessous de nous, et à sa place un trou béant où s’enfoncent des marches à l’allure traitresse. Nous trouvons vite les créatures à l’origine des bruits de cette nuit : des cadavres animés d’un horrible simulacre de vie, et qui semblent bien décidés à se repaître de notre chair et de nos âmes. Heureusement, ils ne sont pas de taille face au feu divin de Yemeles et aux armes et à la magie de mes compagnons.

Nous poursuivons notre exploration jusqu’à une immense caverne où une rivière souterraine se jette vers les niveaux inférieurs. D’après mon compagnon Donatien, une plaque près de l’entrée indique le nom de ce lieu : la Cave de la Joie Bedaine. Je ne sais pas pourquoi, ce nom me fait immédiatement penser à Frère Denys le Simple.

Quoi qu’il en soit, cet endroit a beau sembler charmant une fois débarrassé de ses morts qui marchent, il n’est pas dénué de surprises, loin de là. À peine engagés dans une galerie latérale, voilà qu’un elfe nous tombe dessus du ciel. Je sais l’impression que ça peut faire au lecteur, mais je n’ai à ce moment-là aucun besoin de l’aide de Yemeles.

D’après ce que j’ai pu reconstituer plus tard, cet elfe, Loucian, est un des compagnons malheureux d’Aelis et de Donatien, et il a été amené ici, entre la vie et la mort, par une des créatures qui les avaient mis en déroute hier.

Pas le temps, de toute façon, de philosopher là-dessus : à peine ai-je pu soigner sommairement Loucian que nous voilà entourés d’une nuée de chauve-souris suceuses de sang. C’est le chaos, pire que cette bagarre à Lyozos. Nous finissons par mettre les créatures en fuite, mais nous préférons rebrousser chemin et retourner panser nos plaies dans la tour.

Nous commençons par condamner le puits au moyen de bâches et de filets pour éviter que ces monstres nous suivent, puis nous passons le reste de la journée à fortifier la tour. Notre objectif immédiat : constuire une porte pour remplacer celle qui se tenait autrefois à l’entrée et qui n’est plus qu’un souvenir.

Vers la tombée de la nuit, alors que nous venons de réintégrer la tour chargés de bois coupé dans les environs, voilà que nous entendons une poule au-dehors. Que peut faire ce volatile ici ? Au lieu de nous méfier, nous laissons libre sours à notre curiosité, ce qui aurait bien pu encore une fois nous attirer des ennuis. Je saurai à l’avenir que les poules sont rares au milieu du blizzard. Je saurai surtout que la cocatrice n’est pas qu’une légende.

Le 5 janvier 1228

Nous quittons la tour pour retourner nous mettre à l’abri de l’autre côté de la Passe de Kazbek. Nous avons rempli notre objectif en retrouvant la plupart de nos compagnons et en les ramenant vivants, et je pense tenir en ce Foudre un adorateur de choix pour Yemeles, qu’il en soit consceint ou non.

Par contre, nous n’avons pas récolté un picaillon. J’ai peur que le denier du culte reste à sec encore un moment. Poena est malum passionis propter malus actionis, comme on dit vulgairement.